Liminaire de la revue 2012,1

De loin en loin, La Revue de Belles-Lettres se tourne vers la prose. Après des livraisons consacrées naguère au genre du récit de vie, aux prosateurs alémaniques ou à la traduction, place aujourd’hui aux romanciers !

Ce cahier a été réalisé sur une proposition du jury d’un prix littéraire qui, depuis 1984, scrute la production romanesque de Suisse romande. Ses lauréats comptent parmi les meilleurs prosateurs romands des trois dernières décennies. N’y avait-il pas matière à explorer, à travers leur expérience, un genre littéraire aussi dominant qu’impossible à définir ? Un genre que les auteurs romands ont souvent pratiqué à l’écart des sentiers battus, il n’est que de penser à Catherine Colomb, à Blaise Cendrars, à Robert Pinget ou à Yves Velan (deux romanciers qui d’ailleurs ont fait l’objet de numéros spéciaux de la RBL ).

Le comité de rédaction, rejoint pour l’occasion par Philippe Marthaler, membre du jury du Prix Dentan, a donc invité tous les lauréats à donner un inédit, leur suggérant de se placer, à leur convenance et en toute liberté, dans une situation de « dialogue ». Presque tous nous ont répondu.

C’est ainsi qu’a pris forme un kaléidoscope de dialogues tous azimuts, illustrant la nature gargantuesque du roman, sa capacité à s’incorporer non seulement le théâtre, la poésie et l’essai, mais aussi tous les genres narratifs: le conte et la fiction bien sûr, et l’autobiographie, le reportage, le récit oral ou illustré, ou encore, l’enquête biographique ou historique. A suivre aussi, le dialogue de chaque auteur avec sa langue, fuyante, rebelle, toujours à reconquérir.

Michel Dentan (1926 –1984), professeur de littérature française à l’Université de Lausanne, était curieux du contemporain. Intellectuel engagé, au début des années 1950, dans l’aventure brève et forte de la revue Rencontre, spécialiste de Kafka et chroniqueur des lettres alémaniques dans la Gazette de Lausanne, il fonde, au seuil des années 1970, la « Bibliothèque romande », élégante collection anthologique qui rééditera une trentaine de « classiques » des lettres romandes. Son enseignement généreux et exigeant, sa perspicacité de lecteur marqueront ses étudiants. C’est donc à la fois dans le sillage de ce maître et dans la tradition de la RBL – ancrée en Suisse romande, donc ouverte au monde par nécessité – que des auteurs issus d’autres horizons ont été invités à participer à ce numéro.

 

 

 

 

 

Marion Graf